Un premier carmel fondé au XVIIème siècle à Verdun

La fondation du premier Carmel à VERUDN est du à la piété et à la générosité de l’Évêque Erric de LORRAINE. Cet Évêque plein d'admiration pour l’œuvre de Sainte Thérèse d'Avila et de Saint Jean de la Croix, était aussi l'ami du cardinal de BERULLE qui alla lui-même, en 1603, demander aux monastères d'Espagne des Carmélites Déchaussées de la Réforme de Sainte Thérèse. Ne pouvant mettre immédiatement à exécution les projets de fondation qu'il avait conçu pour sa ville épiscopale, Erric légua par testament une somme de 10 mille livres, pour l'établissement d'un monastère de Carmélites Déchaussées non loin de la Cathédrale.


La Reine d'Autriche, qui avait pris en affection les Carmélites Déchaussées, favorisa la fondation du premier monastère de Carmélites à VERDUN. Elle fit signer au Roi des lettres-patentes qui furent enregistrées, en 1633, au Parlement de Metz, puis elle écrivit à M. le marquis de la FOSSE, gouverneur de la ville, une lettre très pressante à ce sujet. Avec l’accord du gouverneur, le marquis de Fosse, les états de la ville achetèrent une maison, en vielle ville, située sur la Place MAGINOT et faisait angle avec la rue Louis MAURY.

 

Enfin, le 17 juin 1634, le Père provincial des Carmes, avec 7 religieuses venues du Carmel de METZ, inaugure ce monastère, qui survivra très courageusement jusqu’à sa disparition à la Révolution, en 1790. Parmi ces Carmélites, il y avait la Mère Jeanne De Jésus Marie professe du monastère de Caen qui quitta celui de METZ où elle avait été la 2ème Prieure pour se rendre à VERDUN. Elle emmena avec elle 5 Carmélites: Sr Françoise de la Croix, professe du monastère de l'Incarnation de PARIS, Sr Jeanne de St Élie professe de Dijon, Sr Aimé de Jésus Marie professe de METZ, Sr Marie de la Croix professe de METZ, Sr Thérèse de Ste Françoise, novice de METZ, qui fut la 1ère professe de VERDUN, Sr Geneviève des Anges fut envoyée de PARIS par la Mère Magdelaine de St Joseph pour leur être adjointe. Ce premier Carmel à VERDUN fut dédié à la Sainte Enfance de Jésus.

 

Le clergé et le peuple leur firent l'accueil le plus favorable. Seuls Messieurs de l'Hôtel de Ville protestèrent timidement et inutilement.

 

Les Carmélites de VERDUN étaient, comme nous venons de le dire, au nombre de 7 à l'époque de la fondation. A la suppression du monastère, le 14 mai 1790, le procès-verbal des commissaires fait mention de 16 sœurs et 4 converses, dont Mère Anne-Thérèse CUVILLIER qui était Prieure à ce moment là. Toutes ces Carmélites sans exception, ont déclaré que leur intention était de rester au Cloître.

Un deuxième carmel fondé au XXème siècle à Verdun

Le deuxième Carmel fondé dans la ville de Verdun a été érigé en 1923, à l'intérieur des remparts, au 25 rue Saint Victor, sur le site d'un ancien monastère de Clarisses qui avait été fondé en 1292, par Jacques de Revigny, évêque de Verdun. Un monastère, lui aussi disparu après 500 ans de présence discrète, dans les tourmentes de Révolution, comme beaucoup d'autre encore. Le lieu en gardait le souvenir par quelques vestiges et l'appellation de "Près Sainte Claire".

La volonté inébranlable de Germaine de Sonis

Après une très longue absence, les Carmélites réapparaîtront à Verdun grâce à l’action d’une prieure hors du commun, Germaine de Sonis (1866-1945), fille de l’héroïque Général de Sonis. Germaine entre au Carmel de Laval en 1892, fait profession le 21 octobre 1893. Puis, découragée par la gouvernance d’une prieure nouvellement élue en 1897, elle sollicite son admission au Carmel de Nancy. Le 21 juin 1901, à 35 ans, elle est élue prieure en pleine offensive anti-religieuse. Or le Carmel n’est pas considéré par la loi comme congrégation autorisée. Suite à l’ordre de l'évêque de Nancy Mgr Turinaz, de mettre à l’abri les sœurs, Mère Germaine de Sonis, entreprend de chercher refuge à l'étranger. Après de longues recherches elle apprend que le château de Rouvroy à six kilomètres de Virton, en Belgique, est à vendre et grâce à un apport des 90.000 francs offerts par M. du Coetlosquet, elle en devient propriétaire. C'est alors que Mère Germaine, prieure et maîtresse des novices, quitte le Carmel de Nancy avec le noviciat pour se réfugier à Rouvroy en Belgique, dans la perspective d’y être rejointe plus tard par les autres Sœurs. Le 25 mars 1904, la première messe est célébrée par l’abbé Godard, aumônier des Carmélites. Après la mort de ce dernier, les Carmélites sont confiées par Mgr Heylen, évêque de Namur, aux Pères des Carmes exilés en Belgique. Après plusieures entrées le Carmel de Rouvroy devint finalement un monastère autonome en 1909.

Lors de la guerre de 1914, Mère Germaine de Sonis transforme le monastère en infirmerie pour les soldats français venus au secours de la Belgique envahie par les Allemands. Mais ce sont ces derniers qui auront le dernier mot et durant 4 ans, le monastère, placé sous la surveillance tracassière de la Kommandantur connaîtra des jours difficiles.

De la Belgique à la France : le choix de Verdun

Mère Germaine avait recommandé à ces chères filles: « Je vous défends de mourir en Belgique ». Et c’est vrai qu’elles sont toutes là pour enfin regagner une France qui a rompu avec ses déviances d’avant-guerre. La prieure sillonne alors la France en tous sens, à la recherche d’un asile. Finalement, après de nombreuses déceptions, on en vint à penser à Verdun. Cette ville possède deux atouts majeurs, un supporter actif en la personne du chanoine Basinet, et des locaux vacants, sur l’emplacement d’un ancien monastère de clarisses, fondé en 1292 et présent en ce lieu pendant cinq siècles, jusqu’à la Révolution. Ce domaine  Sainte Claire appartenait au Cardinal Dubois, alors archevêque de Paris, mais ancien évêque de Verdun. Ces locaux se situaient au 25 rue Saint Victor et avait été occupé au milieu du XIXè siècle par les clercs réguliers de Notre-Sauveur, mais ils étaient en mauvais état étant vacants depuis bien longtemps et ils intéressaient Mgr Ginisty, évêque de Verdun, qui comptait en faire son petit séminaire. L’évêque, qui tient aux Carmélites, leur propose des propriétés de l’évêché à Glorieux et sur la Côte Saint-Barthélémy. Finalement, l’évêque ayant renoncé à ériger son petit séminaire à Sainte Claire, conseille à Mère Germaine d’écrire au Cardinal Dubois, en lui faisant part de son intention d’acheter le domaine et il ajoute : « Il sera enchanté de vous le vendre ». Cette lettre de l’évêque est datée du 6 mars 1923. La prieure, qui est parvenue à vendre le château de Rouvroy, revient à Verdun, le 15 octobre 1923 où la première pierre de la chapelle est posée et bénite par Mgr Ginisty. Le 11 novembre 1923 - coïncidence imprévue, les cloches du Carmel carillonnaient pour la célébration de la première messe tandis que les canons tonnaient en cet anniversaire de l’armistice de 1918. C'est ainsi que les sœurs devenaient présence adorante en ce haut lieu de la «Grande Guerre», ce qui devait orienter plus particulièrement leur prière en faveur de la paix.

 

Trois dates ont ainsi été gravées sur la pierre : 1292 - 1633 - 1923.

 

La communauté qui se constitue à Verdun

Avec la prieure, cinq Carmélites étaient venues à Verdun, les douze autres sœurs rallieront Verdun en quatre groupes. Le 8 octobre 1925, un Te Deum grégorien était chanté par le Cardinal Dubois. « Mère Germaine de Jésus » (son nom de religieuse), souvent élue prieure, gouverna son monastère avec énergie et une grande bonté. Elle se consacrera également à l’œuvre de béatification de son père dont les enquêtes avaient commencé en 1912. Elle sera épaulée dans ses démarches par Mgr Harscouet, évêque de Chartres (à qui notre cathédrale devra sa précieuse relique de Notre-Dame en 1932) et par Louis de la Trinité, Père Provincial des Carmes (futur amiral Thierry d’Argenlieu).

L’exode pendant la Deuxième Guerre Mondiale

En 1940, Verdun est évacué le 11 juin, ainsi que la prieure et ses Carmélites, rapidement séparées en plusieurs groupes, qui vont sillonner les routes de France pour trouver refuge au Carmel de Fourvière à Lyon. Le retour à Verdun s’avérait difficile car la ville se trouvait dans la zone « interdite ». La mère retrouve cependant son Carmel le 7 août 1940, accompagnée de 2 sœurs. Ce n’est que le 22 novembre de la même année que les 17 religieuses, qui restaient à Lyon, sont autorisées par le Cardinal Gerlier à tenter l’aventure de reprendre la route pour rejoindre Verdun.

 

Mère Germaine pouvait être fière de ses Carmélites. Elle n’oubliera pas sa promesse d’effectuer un pèlerinage à Notre-Dame des clés dont la statue est vénérée en l’église Saint Victor, et devant laquelle, le 15 juin 1940, l’abbé François avait déposé la clé de l’entrée du Carmel sous la statue de Sainte Claire d’Assise. Quant au Père des Carmes, Thierry d’Argenlieu, il contribua avec le Père François, aumônier du Carmel, à fonder la Fraternité Catholique des Malades.

 

Dans la suite de son histoire, la communauté du Carmel de Verdun aura la joie de contribuer à la naissance des fédérations de carmélites, avec Sr Marie-Thérèse De Metz, puis d’entrer avec enthousiasme dans le mouvement initié par le Concile Vatican II.

 

En 1974 elle verra aussi une de ses sœurs, Sr Michelle partir en Afrique avec deux autres sœurs des Carmels de Tours et Troyes pour fonder le Carmel de Brazzaville avec lequel la communauté garde des liens très vivants et fraternels.

 

A travers son parcours personnel, Mère Germaine de Sonis (1866-1945), la fondatrice du Carmel de Verdun, a mesuré le prix de l’accompagnement fraternel des frères Carmes et de l’amitié « sans frontière » des sœurs entre elles.

Ces deux convictions demeurent celles de la communauté:

L’expérience de la fidélité de Dieu au cœur d’une fragilité qui choisit la confiance


L’écoute et la disponibilité
comme lieu où la Parole de Dieu se fait entendre:
« C’est le chemin, marchez-y ! » Isaïe 30, 21

 

 

(D'après Paul Gauny)